En l’honneur de la journée du 8 mars, la Journée internationale des luttes pour les droits des femmes, il est important de connaître et de célébrer ces femmes queers, trop souvent invisibilisées, qui ont marqué les luttes. Cette sélection permet de revenir sur 14 activistes à travers le monde. Cette liste est bien évidemment non exhaustive, mais nécessaire pour se rappeler que les luttes sont multiples, que les victoires sont réelles et que nombre de ces héroïnes sont encore dans l’ombre.
Audre Lorde, “la guerrière, mère, lesbienne noire”
- Américaine
- 1934-1992

Audre Lorde est une écrivaine, essayiste, poétesse et enseignante engagée dans une lutte intersectionnelle. Celle qui se présente comme « noire, lesbienne, mère, guerrière, poétesse » est devenue particulièrement célèbre pour son discours devenu un essai, « Le maître ne pourra jamais détruire la maison du maître avec les outils du maître », dans Sister Outsider. Cet essai résume sa pensée sur les systèmes d’oppression et sa manière de repenser les luttes dans les années 60-70, qu’elle voit comme ne prenant pas en compte le racisme, l’homophobie et la précarité économique.
Elle a également cofondé, avec d’autres militant·es, notamment Barbara Smith, Kitchen Table: Women of Color Press, la toute première maison d’édition américaine créée par et pour des femmes racisées, afin de publier des voix jusque-là rejetées par l’édition traditionnelle.
Marielle Franco, une élue consciente des favelas
- Brésilienne
- 1979-2018

Marielle Franco était une femme noire bisexuelle, mère et sociologue issue des favelas. Militante avec une vision intersectionnelle, elle luttait contre la pauvreté, le racisme, le sexisme et l’homophobie. Élue conseillère municipale de Rio de Janeiro en 2016, elle a présidé la Commission de défense des droits des femmes à la Chambre municipale de Rio.
Elle a porté des projets en faveur des femmes, tels que la création de crèches nocturnes, la lutte contre le harcèlement ou encore la protection des personnes queers. Engagée également contre les violences d’État, elle dénonçait les exécutions extrajudiciaires, le pouvoir des milices paramilitaires et la violence meurtrière de la police dans les favelas. Assassinée, sa mort a déclenché de grandes manifestations au Brésil.
Marsha P. Johnson, la figure centrale de Stonewall
- Américaine
- 1945-1992

Marsha P. Johnson était une militante et travailleuse du sexe new-yorkaise. Elle est reconnue aujourd’hui comme une pionnière trans. Elle est l’une des figures centrales des émeutes de Stonewall à New York en 1969. Marsha P. Johnson a créé le STAR (Street Transvestite Action Revolutionaries) avec Sylvia Rivera, une organisation par et pour les personnes trans précaires, qui a également ouvert la STAR House, un refuge pour protéger les personnes trans sans-abri.
Elle a également participé activement à ACT UP pour lutter contre l’inaction du gouvernement face à l’épidémie du sida dans les années 80.
Gloria Anzaldúa, la militante des frontières
- Mexicaine-Américaine, chicana
- 1942-2004

Gloria Anzaldúa était une écrivaine, universitaire, poétesse et militante féministe lesbienne qui a grandi à la frontière de plusieurs mondes (géographique, linguistique, sexuel, culturel…). Pionnière dans l’articulation de l’expérience des lesbiennes de couleur issues de la classe ouvrière, elle a contribué à théoriser ces identités marginalisées.
Elle est notamment connue pour son ouvrage Borderlands/La Frontera: The New Mestiza, un livre hybride, poétique, autobiographique et politique mêlant plusieurs langues. Opposée aux logiques binaires, elle théorise une conscience métisse. Elle co-édite avec Cherríe Moraga This Bridge Called My Back, un ouvrage qui dénonce le racisme et le classisme du féminisme blanc tout en luttant contre le sexisme.
Sylvia Rivera, la voix des oubliées de Stonewall
- Américaine d’origine portoricaine et vénézuélienne
- 1951-2002

Sylvia Rivera était une militante trans, drag queen et travailleuse du sexe. Présente aux émeutes de Stonewall et militante pour l’inclusion des personnes trans et des drag queens, elle cofonde avec Marsha P. Johnson le STAR.
Elle est également connue pour son discours « Y’all better quiet down » en 1973 lors de la Pride de New York, un discours emblématique où elle dénonce l’hypocrisie gay et lesbienne blanche qui abandonne les personnes trans et précaires à la rue. Elle s’est battue jusqu’en 2000 pour que la loi sur la non-discrimination inclue l’identité de genre et pas seulement l’orientation sexuelle.
Kasha Jacqueline Nabagesera, une militante contre les lois mortifères
- Ougandaise
- née en 1980

Kasha Jacqueline Nabagesera est une figure centrale du militantisme pour les droits des personnes LGBTQIA+ en Ouganda. Cofondatrice de Freedom and Roam Uganda, une organisation dédiée à la défense des droits des femmes lesbiennes, bi et trans en Ouganda, elle a gagné un procès contre le magazine local Rolling Stone en 2010, qui incitait à la mort de personnes homosexuelles.
Par ailleurs, elle a lutté avec le collectif Sexual Minorities Uganda contre la loi « Kill the Gays » et participé à la création de médias queers indépendants tels que Bombastic Magazine, un magazine gratuit rassemblant des témoignages et poèmes de personnes LGBTQIA+ ougandaises, distribué clandestinement à travers le pays, et Kuchu Times, une plateforme médiatique en ligne. Elle a notamment reçu le prestigieux prix Martin-Ennals en 2011 et le Right Livelihood Award en 2015.
Monique Wittig, l’écrivaine lesbienne qui n’était pas une femme
- Française
- 1935-2003

Monique Wittig est une figure intellectuelle et militante révolutionnaire, connue pour sa théorie dans La pensée straight : « les lesbiennes ne sont pas des femmes », où elle explique que le concept de femme n’a de sens que dans le système hétéropatriarcal. Romancière et théoricienne féministe lesbienne engagée dans les années 70, elle participe au mouvement de libération des femmes et considère l’hétérosexualité comme un régime politique oppressif. Son implication au sein du Mouvement de Libération des Femmes se manifeste notamment par le dépôt d’une gerbe de fleurs sous l’Arc de Triomphe à Paris dédiée à « plus inconnue que le soldat inconnu : sa femme ». Par la suite, elle crée avec d’autres militantes Les Gouines Rouges, le premier collectif radicalement lesbien en France. De plus, elle développe une réflexion sur le langage…
May Ayim, une figure littéraire afro-allemande
- Afro-allemande
- 1960-1996

May Ayim est une poétesse, enseignante, orthophoniste et militante féministe, queer noire et antiraciste. May Ayim a co-créé et popularisé le terme Afrodeutsch, cela a permis aux personnes noires en Allemagne de se choisir un terme d’auto-définition positif. En 1985, elle a cofondé l’Initiative des Noirs en Allemagne (Initiative Schwarze Deutsche, ISD), une organisation politique qui rassemble et défend les droits des personnes noires.
Elle publie avec Katharina Oguntoye et Dagmar Schultz, Farbe bekennen: Afrodeutsche Frauen auf den Spuren ihrer Geschichte, un ouvrage qui mêle poésies, archives et histoire des femmes noires en Allemagne. Elle écrit également le livreblues in schwarz weiss où elle décrit le racisme quotidien, l’héritage de la réunification allemande mais aussi la solidarité transnationale entre les femmes racisées.
Sarah Hegazi, celle qui a fait flotter le drapeau arc-en-ciel au Caire
- Egyptienne
- 1989-2020

Sarah Hegazi était une militante lesbienne, écrivaine et figure politique. Elle est notamment connue pour avoir brandi un drapeau arc-en-ciel lors d’un concert au Caire du groupe de rock alternatif libanais Mashrou’ Leila. Après cet acte, elle est arrêtée et accusée « d’incitation à la débauche » et de « promotion de l’homosexualité ». Pendant son enfermement, elle subit des violences et de la torture. Libérée sous la pression internationale et sous caution, elle s’exile au Canada, où elle continue à militer au sein du réseau Spring Socialist Network. Son suicide en 2020 provoque des hommages et des manifestations.
Lohana Berkins, celle qui fait d’une insulte, une révolution argentine
- Argentine
- 1965-2016

Lohana Berkins était une militante trans et travesti (terme retourné positivement en Argentine). Cofondatrice et présidente de l’Association de Lutte pour l’Identité Travesti et Transsexuelle, elle a contribué à donner de la visibilité à la communauté trans en Argentine et à dénoncer les violences envers elleux. Engagée aux côtés de Diana Sacayán et Marlene Wayar, elle a participé à la lutte pour la loi sur l’identité de genre adoptée en 2012, qui permet de changer de genre et de nom sur simple déclaration administrative. En 2001, elle s’est battue pour que l’administration inscrive son vrai nom afin d’exercer le métier d’institutrice, puis a fondé la Coopérative textile Nadia Echazú, une école et coopérative de travail par et pour des personnes trans pour lutter contre la précarité.
Gauri Sawant, militante Hijra des droits trans
- Indienne
- née en 1980

Gauri Sawant est une militante trans issue de la communauté des Hijras. Fondatrice de l’ONG Sakhi Char Chowgi en 2000 à Malad, dans la banlieue de Bombay, cette organisation offre un espace de sécurité ainsi qu’un accès aux soins et à la prévention du VIH. En 2014, sa participation au jugement NALSA devant la Cour suprême indienne a contribué à la reconnaissance des personnes transgenres comme un « troisième genre », leur accordant des droits constitutionnels.
Par ailleurs, en 2008, elle s’est battue pour pouvoir adopter Gayatri, une petite fille recueillie après le décès de sa précédente tutrice, faisant ainsi progresser les droits en matière d’adoption pour les personnes trans en Inde.
Dorothy Allison, la figure white trash lesbienne
- Américaine
- 1949-2024

Dorothy Allison était une écrivaine, professeure, militante lesbienne blanche issue du Sud des États-Unis, de la classe ouvrière et pro-sexe. Refusant la honte, elle a utilisé l’écriture comme une arme pour redonner de la dignité au « sale ». Militante pro-sexe, elle a participé aux Sex Wars qui divisaient le féminisme dans les années 80 aux États-Unis et a cofondé la Lesbian Sex Mafia, un groupe de soutien radical pro-sexe.
Par ailleurs, elle s’est battue contre la censure afin de défendre la liberté du désir et de l’exploration sexuelle pour les femmes et les lesbiennes. À travers ses recueils de nouvelles comme Trash ou Skin: About Sex, Class and Literature, elle a montré que les luttes féministes et queers ne sont pas séparées de la lutte des classes.
Maxine Wolfe, une lesbienne activiste des années SIDA
- Américaine
- née en 1941

Maxine Wolfe est une militante lesbienne, universitaire et figure d’ACT UP New York. Engagée depuis les années 60, elle a coordonné certaines manifestations d’ACT UP, comme l’action Stop the Church en 1989 (qui dénonçait la position de l’Église sur les préservatifs) ou encore la prise d’assaut du siège de la FDA (agence américaine du médicament). Avec d’autres militantes et militants, elle a mené un combat contre les Centers for Disease Control afin d’inclure les femmes dans la définition du sida, celles-ci étant alors exclues des traitements expérimentaux et des aides financières. Elle a également cofondé en 1992 les Lesbian Avengers, connus pour leurs manifestations axées sur « des questions vitales pour la survie et la visibilité des lesbiennes ».
Shinta Ratri, la protectrice des personnes queers et musulmanes
- Indonésienne
- 1962-2023

Shinta Ratri était une femme trans musulmane indonésienne. En Indonésie, les femmes trans sont appelées warias et font partie de la culture traditionnelle indonésienne. Militante contre la montée de la transphobie, elle a cofondé en 2008 le Pondok Pesantren Waria Al-Fatah à Yogyakarta, la seule école coranique et mosquée dédiée aux femmes trans. Ce sanctuaire permettait aux warias de prier librement, d’étudier le Coran et/ou de porter le voile. Face à la fermeture temporaire de son école en 2016, elle a lutté pour sa réouverture. En 2019, elle a reçu le prix Front Line Defenders pour la région Asie-Pacifique en reconnaissance de son combat.
Finalement,
La militante queer la plus importante en ce jour international des luttes pour les droits des femmes : toi-même. Tu résistes et survis au quotidien dans une société hétéropatriarcale. Il est nécessaire de rappeler que chaque vie est une résistance, que chaque geste est important et que la négociation de ton existence dans une société qui ignore ton oppression est une lutte quotidienne.




