Un nouvel acte homophobe a frappé Strasbourg. L’exposition « Ils s’aiment », présentée dans l’église inclusive Saint-Guillaume, a été vandalisée par une inscription biblique haineuse. Une attaque de plus contre la communauté LGBTQIA+. Une plainte a été déposée.
Une image d’amour attaquée par l’obscurantisme
Ce mardi soir, dans l’église Saint-Guillaume à Strasbourg, un cliché de l’exposition photographique « Ils s’aiment » a été délibérément dégradé. La photographie, représentant deux jeunes hommes tenant une pancarte « not married but willing to be », a été souillée au marqueur noir par la mention « Lévitique 18:22 ».

Un geste d’une violence symbolique évidente. Cette image, prise à une époque où l’homosexualité était encore un délit, raconte l’amour, l’espoir et la résistance de couples contraints de se cacher pour exister. Elle évoque aussi, de manière presque prémonitoire, le combat pour le mariage pour tous. La salir au nom d’un verset biblique, c’est s’attaquer frontalement à l’histoire et à la dignité des personnes LGBT.
« Encore une fois, on s’attaque à la communauté LGBT »
La dégradation a été découverte vers 18 heures par Cyril Pallaud, président de l’association Passions Croisées, à la fermeture de l’église.
« Je n’ai pas voulu y croire. C’est sale et répugnant. Encore une fois, on s’attaque à la communauté LGBT. Cette photo est extrêmement forte symboliquement. Elle montre la beauté et la sincérité d’un amour. S’y attaquer est lâche et très grave. »
Prévenu immédiatement, le pasteur Daniel Boessenbacher a décidé de porter plainte.
« Avoir une opinion ne donne pas le droit de vandaliser ni de propager la haine. Se cacher derrière un verset biblique pour justifier l’homophobie est inacceptable et puni par la loi. »
Ce n’est malheureusement pas un cas isolé. En 2023 déjà, lors du premier spectacle de Passions Croisées, la paroisse Saint-Guillaume avait été la cible de menaces de mort. Une réalité glaçante qui rappelle qu’en 2026, l’homophobie ne relève pas du passé mais reste une violence bien présente.
Une attaque contre une église inclusive et la mémoire LGBTQIA+
L’église Saint-Guillaume est un lieu unique en France, à la fois paroisse inclusive et scène culturelle nationale, fréquentée par près de 100 000 personnes cette année. C’est précisément ce caractère ouvert et accueillant qui semble déranger.
Présentée dans le cadre de la programmation « Strasbourg, mon Amour », l’exposition « Ils s’aiment » rassemble une trentaine de photographies d’hommes amoureux prises entre 1850 et 1950, à une époque où leur amour était criminalisé. Les clichés sont issus de la collection de Hugh Nini et Neal Treadwell et accompagnent les ouvrages « Ils s’aiment » et « Des hommes amoureux ».


Pour Guillem Aubry, directeur artistique de Passions Croisées, le choix d’exposer ces œuvres dans une église est profondément politique :
« Pendant des siècles, les institutions religieuses ont condamné l’homosexualité. Montrer aujourd’hui qu’une église peut être ouverte, inclusive et alliée est essentiel. Cet acte de vandalisme ne nous fera pas reculer, il renforce notre détermination. »
Le verset du Lévitique utilisé pour justifier cette dégradation a servi, pendant des siècles, à légitimer l’exclusion, la persécution et les violences envers les personnes LGBTQIA+. Le rappeler est indispensable : ce texte fait partie d’un ensemble d’interdits bibliques, trop souvent instrumentalisés pour nourrir la haine homophobe… alors que, comme par magie, le reste des interdits bibliques ne semble jamais déranger ces mêmes croyants !
S’attaquer à cette exposition, ce n’est pas seulement vandaliser une œuvre. C’est tenter de faire taire une mémoire, une visibilité et un combat qui, manifestement, dérangent encore.


